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Hard du Hard • Les contrôleurs ethernet gaming, utile ou bullshit ?

Nous avons déjà parlé CPL et parfois réseaux, mais qu’en est-il de la base : le fameux protocole Ethernet ? Parce que aussi basique qu’il paraisse, pourtant plusieurs références existent et certaines affirment même être plus efficaces pour vos sessions gaming sur PUBG. Alors une bonne idée que de choisir un contrôleur de tueur ou l’intox alakon ? Aujourd’hui dans les aventures du hardos à la dur : 

 

Les contrôleurs réseaux « gaming » sont-ils vraiment plus efficaces que les standards ?

 

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Petits rappels sur le protocole Ethernet

Parce que oui, avant d’être un port comme on le voit souvent, le terme Ethernet désigne un protocole de transmission des réseaux informatiques. Le port que l’on connait est en fait un port série RJ45 et peut servir à autre chose que de transférer des vidéos de documentaires animaliers sur votre NAS : liaisons entre capteurs, transmissions dans les usines avec les automates, liens entre microcontrôleurs… Si cela paraît si important c’est que de base votre contrôleur aura physiquement un impact moindre sur les transmissions, c’est plus le buffer électronique qui est mis en amont de la prise qui est impactant. Et là pareil pas de magie, car le tout  est normé via l’IEEE 802.3 donc tous les contrôleurs devront suivre les mêmes caractéristiques de la couche PHY – la partie physique et électronique du réseau – ce qui donne un impact plus lié au câble par exemple.

 

couche reseau ethernet 802 3 hdh

De nombreuses normes régissent sur les couches de base des réseaux Ethernet, limitant les impacts sur les débits bruts

 

Donc les contrôleurs qui vous proposent des performances de débits brutes plus élevées vous vendent un pipotron de meilleure qualité que le notre. Si vous suivez bien vous vous dites surement que dans ce cas, tous les contrôleurs doivent se valoir et fournir les mêmes qualités de transmission non ? Il ne faudra pas rêver non plus, une bonne partie du protocole Ethernet est gérée via les drivers et les couches logicielles, notamment par la gestion des paquets de données envoyés ou reçus via la poste informatique, le nerf dans la guerre des débits et de la qualité des contrôleurs LAN.

 

Une qualité de service aléatoire pour vos paquets

Il ne s’agit pas d’une mauvaise blague sur le travail de votre postier, mais la manière dont les réseaux Ethernet transmettent vos données. Pour faire simple, les données sont transmises par petits paquets contenant plusieurs octets à la fois pour réduire l’impact des morceaux de contrôle dans les trames de données. Ainsi, au lieu de mettre 1 octet de contrôle par octet de données – ce qui diviserait par deux le débit – vous mettez 1 octet de contrôle pour 32 octets de données, ce qui donne un faible impact sur votre débit. Dans les faits c’est plus complexe, la trame totale est composée de plusieurs octets de paramétrage et de plusieurs octets de données.

 

ethernet type ii trame format hdh

Format de l’Ethernet actuel IEEE 802.3, auquel le contrôleur peut choisir le format de data des paquets en 46 et 1500 octets

 

Et c’est là que tout se joue principalement : les données étant destinées à un client précis, souvent ce que vous envoyez ou recevez via une application ne peut être mis dans un même paquet qu’une autre application. Par exemple, les paquets en provenance du stream de Tomtom ne seront pas dans les mêmes paquets que votre tuto cuisine provenant de YouTube. Si les paquets de l’un prennent trop le dessus sur l’autre, alors l’application va avoir du mal à accéder pleinement à internet, ce qui engendre de la latence et de la perte de débit sur cette application uniquement. Un point très important, car comme nous l’avons signalé, les contrôleurs réseau ont un impact très faible sur le débit global de votre connexion.

 

De ce fait le plus important pour garantir une bonne qualité de connexion lors de vos sessions en ligne afin que l’expression « stop downloading your porn » disparaisse lorsque votre ping – latence dans la langue de molière – est visible de tous est tout simplement d’optimiser la gestion des paquets via un logiciel : taille, volume, priorité… Tout un tas de choses qui sont redéfinies sous un nom précis : la Qualité de Service (QoS en langue de Trump). Et même là nous avons le droit à tout et n’importe quoi en discours marketing foireux.

 

C’est qui qui a la plus grosse… Qualité ?

Au final si les contrôleurs ne peuvent améliorer le débit global, mais peuvent booster le débit propre à chaque application il n’y a pas vraiment de mensonge non ? Donc les marques qui se disent plus efficaces sont meilleures ? Et bien là encore ce n’est ni oui ni non, l’informatique n’étant jamais très binaire en matériel. Dans les faits, les fabricants de puces gaming comme Killer Networking vendent leurs puces comme étant plus rapides et plus fiables. Dans la réalité, il s’agit d’une gestion de QoS plus agressive envers les jeux qui va donner une impression d’efficacité, mais qui peut se payer à une vitesse de téléchargement ou de navigation web très ralentis durant votre partie de Dota 2. Surtout, de base les contrôleurs Ethernet ont tous un système basique de gestion des paquets selon les tags de priorité qui leur sont associés avec un total de 8 possibilités différentes, ce qui est déjà suffisant pour prioriser correctement certaines données. Après tout dépend de comment l’application tag ses paquets selon leurs besoins : voix, transmission vidéo, charge élevée… Donc oui, un simple Intel I219-V que vous trouvez sur vos cartes mères suffit pour 90% d’entre-vous.

 

killer e3000 speed

Oh, mais, ne serait-ce pas du marketing un tantinet puant que nous sert Killer là ? Des chiffres sans référence, le suprême de l’entourloupe…

 

Au final, les contrôleurs gaming ne font pas réellement mieux. À peine de manière cachée – mais le lien n’est pas ouvertement dit parfois – ils augmentent les performances en prenant le dessus sur votre connexion voire votre système comme le fait Killer avec son utilitaire GameFast ou encore Aquantia avec son AQtion Command Center. Des outils qui améliorent peut-être la qualité en jeu, mais peuvent être nocifs pour votre système. Donc l’amélioration des performances en multitâche est en partie fausse, car c’est un centrage sur du monotâche en réalité, la joie du marketing facile est de balancer des graphes encore plus flous que la future architecture Navi d’AMD.

 

Bref, si vous voulez profiter à fond de votre connexion sans à avoir à hurler sur la qualité de votre xDSL, patientez jusqu’à l’arrivée de la fibre (*sic*) ou limitez de vous-même le débit utilisé par chaque application, il n’y a pas de recettes miracles pour améliorer votre tuyau au final, d’autant plus s’il ya plusieurs postes connectés sur le même accès, auquel cas une optimisation sur un seul poste sera parfaitement inutile s’ils sont utilisés en même temps.

Pour la latence ne cherchez pas, garder quelques mégabit/s en réserve suffira à la majorité des jeux et aura le même impact que le QoS à quelques % près d’efficacité sans plomber votre CPU avec une application de monitoring à deux balles. Surtout que certains routeurs xDSL vous permettent de régler à la mano votre QoS maison – en réglant port par port ou par machine la priorité – voire disposent d’un algorithme embarqué de bonne qualité comme on peut même parfois le trouver sur une boite à internet, comme la Freebox Révolution, sans parler de routeurs tiers spécialisés chez Netgear, Linksys, ou encore TP-Link par exemple qui sont beaucoup plus fournis en options sans être malgré tout exempts de défauts, mention spéciale aux Asus qu’il sera nécessaire de modder avec un firmware custom pour les rendre réellement efficaces – un comble compte tenu du tarif de ces machines. Le mieux restera toujours de bien surveiller la consommation de chaque application et de prier que Windows Update ne vienne pas en plein top 10 sur Fortnite !